Accueil arrow La Nouvelle Eve (Jean-Marie Lustiger)
La nouvelle Eve Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

 

     Nous célébrons Marie, Mère des douleurs et Mère des vivants. Nous célébrons Marie, Mère de l’Église une, car Mère de l’unique corps du Fils ressuscité.
     Marie, Mère des hommes. Cette appellation que l’on donne à Marie sous-entend une vérité qui devrait nous être familière : celle de l’unité du genre humain. L’unité du genre humain fonde l’espérance d’une communion universelle qui semble être la condition de la paix et du bonheur.
     Nous devons découvrir de nouveau et comprendre le réalisme de cette vérité de la nature de l’homme, qui est démentie par l’agir des hommes. Bien plus, nous pouvons la remettre en lumière et la sauver si nous recevons la grâce de notre condition filiale par l’acte du Rédempteur, le Fils de Marie. Oui, c’est en Marie que nous pouvons découvrir, redécouvrir Ève, c’est dans la fraternité des enfants de Dieu que nous pouvons découvrir, redécouvrir la solidarité des fils d’Adam.
     Comment ? Par quelle voie ? Par quel chemin ? Le Seigneur nous en donne le sens et l’indication claire : par le pardon. Voici Marie, Mère de miséricorde, voici Marie, nouvelle Ève : considérant son regard tourné vers le ciel nous sommes tentés de lui prêter ce cri de Jésus : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?". Elle tient en ses bras le corps du Juste, nouvel Abel, innocent, mort pour nos péchés. Nous pouvons aussi mettre dans la bouche de Marie cette autre prière de Jésus sur la croix : "Père, pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu’ils font". Oui, ils ne savent pas jusqu’où va la puissance de l’amour. Ils ne savent pas ce que signifient la mort et le meurtre, car ils sont aveuglés eux-mêmes par le sang qu’ils ont versé, le péché dans lequel ils sont tombés !
     Marie, nouvelle Ève, regarde vers le ciel, mais elle nous porte. Ce corps mort sur ses genoux, c’est le corps de l’humanité entière tant qu’il n’a pas été saisi par l’amour. Péguy avait déjà fait ce rapprochement lorsque, dans "Le porche du mystère de la deuxième vertu", il dit : "Les sept douleurs, c’était pour commencer. Il y a longtemps qu’elle est et que nous l’avons faite la Mère des septante et des septante fois septante douleurs".
     Oui, Marie, Mère de miséricorde, nous permet de découvrir l’Ève primitive, la Mère des vivants. L’enfantement maternel de l’Église et de Marie nous rappelle notre commune origine : nous sommes les fils d’Ève. Il nous renvoie à l’unique paternité de Dieu, notre Créateur, qui nous constitue tous frères et sœurs les uns des autres. Rappelez-vous la parabole des deux fils. Le fils perdu était comme mort, loin de la maison du Père. C’était le fils ramené au rang des bêtes, le fils esclave ; il dit : "Oui, je me lèverai et j’irai vers mon Père". Marie nous invite à prononcer le même cri d’espérance, à nous relever pour aller vers notre Père, là où nous pourrons retrouver nos frères et nous retrouver frères. Car celui qui nous permet ainsi d’aller vers lui, c’est celui qui nous pardonne, c’est celui qui nous revêt de l’habit de fête, celui qui nous met au doigt l’anneau et nous invite au festin où les hommes peuvent enfin communier les uns avec les autres en recevant pour nourriture l’Amour qui vient de Dieu, l’Amour qui est Dieu.
     Il faut, mes frères, qu’en ce temps et en ce jour, nous sachions faire du pardon la force la plus puissante de ce monde. Qu’à l’intercession de Marie, la Mère du Sauveur, Dieu nous en obtienne la grâce. Prions-la avec toute l’Église, en la chantant ainsi dans l’Hymne acathiste : "Réjouis-toi, toi par qui le mal a disparu. Réjouis-toi, tu relèves Adam de sa chute. Réjouis-toi, par toi Ève ne pleure plus. Réjouis-toi, car tu renouvelles toute créature. Réjouis-toi, ô Mère du Sauveur !".

Jean-Marie Lustiger
Conférence de carême à N.D. de Paris, 1988

 
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