Accueil arrow La vocation de l'homme (Jean Mouroux)
La vocation de l'homme Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

 

       La source de la vocation de l'homme, c'est d'être aimé de Dieu ; sa vocation même, c'est d'aimer Dieu. L'histoire de l'homme se dessine sur un fond d'innocence originelle : Dieu a fait l'homme, non point pécheur, mais sans péché ; sur un fond de transfiguration dans l'amour : il veut que l'homme soit son ami, son fils ; et toute l'histoire de l'homme s'inscrit dans la réponse à cet amour. Mais l'homme est l'être contestant par définition, l'être capable de dire non, et c'est le non qui fait le prix du oui. L’homme est ainsi capable de tout contester : ses conditions de vie (économiques, sociales, politiques), sa situation dans le monde,son existence et celle des autres, finalement Dieu même et son propre rapport à Dieu. Ce que l'homme fait là, il le fait dans sa région la plus profonde, en ce point sacré - au-delà du temps - où il pense et décide, d'où jaillit le don ou le refus. Si sa vocation est d'être aimé de Dieu et de l'aimer en retour, cela même, l'homme peut le contester, et, là-même, il peut dire non. Dans la Bible, à travers quelque bien, quelque valeur, quelque désir que ce soit, le péché est toujours cette contestation radicale de Dieu, cette tentation de traiter avec lui d'égal à égal, ce refus de dire oui…ouvre ouvre en son cœur un abîme de néant…Quand l'homme refuse d'aimer Dieu et rejette cet amour, il brise quelque chose qui n'appartient qu'à Dieu ; qui est, en lui,toujours comme le pur don de Dieu ; et sur quoi il n'a plus aucune prise, quand il l'a rejeté. Spirituellement, il est un mort,et un mort ne peut pas se ressusciter.
     Mais précisément, ce mort, Dieu veut le faire revivre, et ces ossements desséchés, les faire refleurir (cf. Ézéchiel 37,1-14). La Rédemption, c'est cela... Toutefois il n'est de salut possible que si l'homme accepte d'être jugé, se reconnaît pécheur et demande pardon. Cette conversion du point sacré est l'acte même que Dieu veut susciter chez l'homme, et en quoi s'accomplit la Rédemption. Elle est toujours tragique et douloureuse, parce que l'homme doit renoncer à cette contestation, à ce refus, qui font corps avec son être spirituel, et en ce sens, renoncer à soi-même; c'est seulement à travers cette mort qu'il débouche dans la vie, pardonné et transfiguré, dans la joie neuve d'aimer Dieu.ais Dieu a voulu pour cela un Rédempteur, qui fût tout ensemble révélation, jugement et pardon du péché, transfiguration du pécheur, et par suite, accomplissement sauveur de la création tout entière. La Rédemption, c'est donc Jésus Christ, le Fils de Dieu incarné, crucifié, ressuscité...
     Tout se concentre en Jésus Christ, parce qu'il est objectivement la réalité manifestée de l'agapè (amour 1 Jn 4,10) ; parce que c'est en lui que le Père rachète l'humanité pécheresse et recrée une humanité qui l'aime ; parce que c'est « en croyant à cet amour » que l'homme entre dans le monde du salut (cf. 1 jn 4,16).
     En face du péché comme puissance de désintégration, il y a désormais ce centre unique, ce point simple : le cœur de l'Agneau qui ôte le péché du monde (Jn 1,29), où se concentre pour le temps et l'éternité la Puissance souveraine de salut.

Jean Mouroux
Le mystère du temps

 

 
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