Accueil arrow Le sens du carême (Divo Barsotti)
Le sens du carême Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

 

     L’attente du Christ est nécessairement pour les hommes pécheurs l’attente d’un Rédempteur, et c’est le Carême qui, dans la conscience de la misère infinie de l’homme et de toute l’humanité ensevelie dans le péché, ouvre l’âme au désir humble et passionné du salut. La conscience vive du péché mesure d’une part l’espérance et l’attente, de l’autre le don de la Rédemption divine. C’est en vain qu’on chercherait dans la liturgie de l’Avent ce sens profond et émouvant de la misère humaine, de l’indignité humaine, de cet universel péché qui rend si dramatique la liturgie quadragésimale. 
  
     C’est dans le mystère de sa mort que le Verbe assume notre mort, et c’est dans le mystère de sa Résurrection que notre mort est absorbée dans sa vie et sa victoire. Si le mystère du Christ est, dans sa plénitude, le mystère pascal, on comprend facilement le sens et la valeur du Carême en tant qu’il prépare à la célébration de la Pâque. Alors que l’Avent traduit plutôt l’espérance et l’attente de la gloire dans la seconde venue, le Carême manifeste les conditions présentes du mystère divin. C’est toujours, au fond, la célébration du même mystère ; mais l’Avent dit l’ardente attente de sa manifestation glorieuse et définitive, alors que le Carême explique pourquoi sa présence actuelle est secrète. Le Mystère du Royaume de Dieu est déjà au milieu des hommes, il est déjà présent dans le monde, mais le monde est toujours hostile à Dieu, et les hommes sont des pécheurs. 
   
     Pourquoi le plan de Dieu s’accomplit-il encore dans le Mystère ? Pourquoi le Royaume de Dieu, déjà présent, est-il caché ? C’est l’enseignement du temps de Carême. Le mystère de Dieu est déjà accompli, parfait : le Christ est mort et ressuscité. Il est désormais présent, non point en recommençant ou en continuant sa vie, mais par l’universalité de sa mort et par la puissance de sa Résurrection glorieuse. Le temps ne peut rien ajouter au Mystère du Christ qui, dans la Résurrection pascale, a déjà trouvé et possède son achèvement éternel. Le Royaume de Dieu, dans sa puissance, est présent : le Mystère du Christ n’a pas à s’accomplir ; il est déjà accompli et parfait, présent. 
   
     Le secret de cette Présence ne dépend pas du Christ, parce que le Christ n’est pas présent aujourd’hui comme jadis parmi les hommes dans l’humilité et l’anéantissement de sa vie humaine, mais dans l’exaltation définitive qu’est la gloire et la puissance de sa Résurrection. La gloire du Christ ressuscité est un mystère pour l’humanité qui connaît encore le péché, pour le monde encore assujetti à la vanité, à la corruption et au Malin. C’est chaque jour Pâques, enseigne profondément l’ascète Séraphin de Sarov. Mais avec une égale vérité le pape saint Grégoire nous avertit que la vie du chrétien sur la terre est un continuel Vendredi-Saint.
   
     La présence de la gloire du Christ remplit et efface, par l’acte unique de sa Résurrection, toute l’histoire, tous les jours de l’homme. Mais l’humanité ne célèbre cette présence de la gloire que sous les voiles de l’humilité sans pareille, sous les apparences de sa mort : le Christ qui, en ressuscitant, ne peut plus mourir, est cependant présent pour les hommes pécheurs sous un aspect extérieur de mort. Si l’homme veut se préparer à la fête pascale, il doit reconnaître son indignité, confesser devant Dieu son péché, sa misère infinie.


Divo Barsotti
Vie mystique et prière liturgique







 

Dernière mise à jour : ( 26-02-2017 )
 
< Précédent   Suivant >
ICI - Images Communication Impressions © 2007